Nassima Haffaf, étoile montante du chant andalous
Violoniste et interprète de musique andalouse, c’est à l’âge de 8 ans que Nassima Haffaf fait ses premiers pas dans le monde de la musique andalouse. Elle a récemment remporté le prix Cheikh Abdelkrim Dali
C’est par sa remarquable interprétation de Noubet Leghrib, dans ses différentes déclinaisons mélodiques et rythmiques, que Nassima Haffaf s’est distinguée et a remporté, le 25 février, le prix Cheikh Abdelkrim Dali 2022.
Violoniste et interprète de musique andalouse, c’est à l’âge de 8 ans que Nassima Haffaf fait ses premiers pas dans le monde de la musique andalouse en rejoignant l’association culturelle Anadil El Djazair, dirigée par le professeur et chef d’orchestre Youcef Ouznadji.
Elle adhère quelques années plus tard à l’ensemble des Beaux-Arts d’Alger, dirigé par le musicien, auteur et compositeur, El Hadi Boukoura.
Elle rejoint par la suite l’association Kortoba Eldjazairia et en parallèle l’orchestre féminin de l’Opéra d’Alger.
Noureddine Saoudi, président de jury de cette troisième édition, a décerné ce premier prix en soulignant que les performances des candidats étaient « égales » et qu’il était donc « difficile pour le jury de les départager ».
Le musicologue et interprète de la musique andalouse a indiqué que l’évaluation était principalement basée sur la connaissance de la nouba (suite de poèmes chantés et de pièces instrumentales, dans la musique classique du Maghreb) et la capacité à l’interpréter, la diction, l’interprétation, l’esthétique et les ornements vocaux, le rythme, la maîtrise de l’instrument, ainsi que la tenue et le rythme de l’artiste.
Cheikh El Hadj Abdelkrim Dali, icône de la musique andalouse
Fondée en mai 2008 à l’occasion de la commémoration du 30e anniversaire de la disparition du grand maître de la musique hawzie et andalouse, Cheikh Abdelkrim Dali, la fondation éponyme vise à travers ce concours à « sauvegarder le legs du monument de la musique andalouse ainsi qu’à promouvoir la musique classique algérienne dont il est initiateur », a expliqué Wahiba Dali, petite-fille et présidente de la fondation, lors de la conférence de presse organisée à la salle Atlas le 13 février.
« C’est un devoir que d’encourager les jeunes talents pour assurer la continuité et la relève des grands maîtres dont Abdelkrim Dali qui fut l’un des hommes qui ont consacré leur vie à la création et à la culture algériennes », a-t-elle précisé.
Cheikh Abdelkrim Dali a enseigné à l’Institut national de musique et au Conservatoire d’Alger.
Excellent pédagogue, il formera des générations de musiciens talentueux et de grandes voix de la scène andalouse algérienne.
Ses enseignements permettent à plusieurs jeunes talents de suivre sa voie comme Hadj Kacem Brahim, Nouri Koufi, Nasredine Chaouli, Abdelkader Rezkallah et Abdelhamid Taleb Bendiab.
Le virtuose qui maîtrisait de nombreux instruments (piano, violoncelle et oud) a également su fusionner et unifier les styles entre deux grandes écoles de la musique classique algérienne : le gharnati de Tlemcen et la sanaâ d’Alger, et des genres dérivés tels que le hawzi et l’aroubi.
Noureddine Saoudi a évoqué le parcours de l’icône de la musique andalouse et ses efforts pour la préservation et l’enrichissement du patrimoine musical andalous de l’Algérie.
L’ancien élève du Cheikh a souligné l’importance de son legs, de ses œuvres et des recueils du patrimoine andalous qu’il a écrits.
Un voyage de Baghdad à Cordoba
Le concours reporté pour les années 2020 et 2021, en raison de la crise sanitaire, s’est déroulé les 21, 22 et 23 février au palais de la Culture Moufdi Zakaria.
Le jury, présidé par Noureddine Saoudi, était composé d’artistes de renom : Salah Boukli Hacène, Mohamed Larbi Bentellis, Beihdja Rahal et Fazilet Diff.
Les candidats devaient enregistrer sur CD la nouba de leur choix, ne dépassant pas les 35 minutes, et l’envoyer à la fondation Cheikh El Hadj Abdelkrim Dali.
Naguib Kateb, membre de la fondation et organisateur de l’événement, avait souligné que la nouba devait également « comporter les mouvements (mssadar, btayhi, darj et n’seraf) ».
« La voix à elle seule ne suffit pas pour le candidat, sa réussite est tributaire aussi du suivi du rythme et de la bonne prononciation », avait-il indiqué lors de la conférence de presse tenue le 18 février à la salle Atlas.
Suite à une présélection, la fondation a retenu les sept meilleurs interprètes sur une trentaine de nominés : Youcef Nouar, Nassima Haffaf, Asma Hamza, Lamine Saadi, Tarek Amir Mechri, Ghofran Bouach et Naoufel Ramdan.
Le concours s’est clôturé le 25 février avec une cérémonie au cours de laquelle les artistes ont joué, accompagnés par le ballet de l’Opéra d’Alger Boualem Bessaih.
« Le spectacle aborde l’histoire et le parcours de la musique andalouse de Baghdad à Cordoue en passant par l’Algérie avec ses diverses variations, ses chants et danses chorégraphiques », a souligné Naguib Kateb.
Lila Borsali, Hasna Hini, Lamia Maadini ont animé l’opérette De Baghdad à Cordoba offrant aux spectateurs, conquis, une performance sans précédent sur les planches de l’Opéra d’Alger.
Abdelouahab Bahri, lauréat de la 2e édition du concours de la meilleure interprétation du chant andalous du prix Cheikh Abdelkrim Dali en 2018, a également animé la cérémonie de clôture.
Le trophée honorifique remis à Nassima Haffaf, la lauréate du premier prix, s’est accompagné d’une attestation de succès en plus de l’accompagnement financier à la réalisation et l’enregistrement en studio du premier album de l’auteure compositrice et interprète.
Le jury a également consacré Asma Hamza, lauréate du deuxième prix, et Youcef Nouar, lauréat du troisième prix, pour leurs rendus respectifs des noubas Sika et Raml El Maya, alors que les quatre autres finalistes ont reçu des attestations de participation et des cadeaux honorifiques.