La mouche soldat noire, une solution pour nos déchets ?

La mouche soldat noire, une solution pour nos déchets ?

Pas très appétissante mais intelligente : l’alternative à l’enfouissement et à l’incinération des déchets est biologique, grâce aux larves d’une mouche exotique. Une idée qui séduit déjà les investisseurs

Alors que nous produisons toujours plus de déchets, deux chercheuses diplômées de l’Ecole nationale supérieure agronomique (ENSA), à Alger, ont réfléchi à une alternative à l’enfouissement ou à l’incinération. 

Maroua et Sabrina, 23 ans, ont consacré leur thèse de fin d’études à la mouche soldat noire. La black soldier fly, originaire des zones subtropicales du continent américain, est connue pour ses larves, Hermetia illucens, qui se nourrissent uniquement de déchets organiques. 

A l’issue de plusieurs mois de recherches, elles ont conclu que la mouche soldat noire pouvait réduire de 65% les déchets organiques. 

Pour pouvoir effectuer leurs travaux de recherche, Maroua et Sabrina ont contacté la faculté de Gembloux, à l’université de Liège, en Belgique, qui leur a envoyé ces insectes.

« Le but de notre recherche de fin d’études était de régler la problématique des déchets en Algérie », explique Maroua à MyAlgeria.

Selon un rapport de l’agence nationale des déchets (AND) publié en février, l’Algérie produit 13,5 millions de tonnes de déchets ménagers par an dont 7 à 8 millions pourraient être revalorisées. Un chiffre qui devrait dépasser les 20 millions de tonnes d’ici à 2035, selon le ministère de l’Environnement.

« Quand les déchets sont récupérés, le centre d’enfouissement technique ne fait que le tri du plastique, du carton, de l’aluminium et du pain. Le reste, y compris les déchets organiques, est enfoui », ce qui crée, regrettent-elles, « des gaz néfastes et des odeurs nauséabondes, entre autres inconvénients ».

Ils sont revenus investir en Algérie et ça leur réussit

Or, ce surplus pourrait être diminué grâce à une meilleure politique de tri. « Les déchets organiques prennent du temps à se décomposer quand ils sont enfouis. Avec la mouche soldat noire, la dégradation peut se faire en une période d’une semaine à quatorze jours. »

Sabrina détaille le processus : « C’est au stade larvaire de la mouche que la dégradation se fait. Quand les œufs pondus par la mouche soldat noire éclosent, ils donnent naissance à des larves, à savoir des asticots. Ces asticots se nourrissent de déchets organiques et c’est ainsi que la dégradation se fait. »

Double avantage !

Si l’insecte vient à bout de 65% des déchets organiques, « le pourcentage pourrait être bien plus élevé si nous avions à notre disposition un meilleur matériel dont des grands broyeurs, qui filtrent mieux les fibres que la mouche ne dégrade pas », souligne Maroua. 

Le cycle ne s’arrête pas là : une fois les déchets organiques dégradés, ils peuvent être utilisés comme engrais pour les plantes. 

Et en plus de dégrader les déchets, les larves de cette mouche peuvent être données comme nourriture riche en protéines aux animaux, notamment les volailles.

« Alors qu’elles se nourrissent des restes organiques, les larves gagnent en protéines. Au bout de quelques jours, elles peuvent être présentées comme alimentation d’élevage », nous explique Sabrina.

Quatre projets innovants nés à l’université algérienne

Cette méthode, souligne Maroua, « renvoie les poules à leur régime alimentaire naturel, et d’après certaines études, la consommation de larves leur évite beaucoup de maladies », ajoute-t-elle.

Les larves de la mouche soldat noire permettraient donc aussi d’alléger la facture des importations pour l’Etat, qui importe aujourd’hui quatre millions de tonnes de maïs par an afin de nourrir les volailles et les bovins.

« L’importation de l’alimentation d’élevage impacte souvent, par exemple, le prix du poulet,   notamment après la pandémie qui a dûment touché le marché. Mais si des entreprises investissent dans l’élevage de la mouche soldat noire, l’Algérie pourrait devenir autosuffisante ou pourrait du moins diminuer les importations », espère Maroua.

Plusieurs compagnies investissant dans l’élevage de la mouche soldat noire, aux Etats-Unis, en France, en Belgique ou même en Tunisie et au Maroc, ont vu le jour. Si en Algérie ce n’est pas encore le cas, l’idée séduit plus d’un investisseur, se réjouissent les deux chercheuses. « Depuis la diffusion d’une vidéo résumant notre thèse, plusieurs entrepreneurs nous ont contactées pour en savoir plus. » 

« Depuis la diffusion d’une vidéo résumant notre thèse, plusieurs entrepreneurs nous ont contactées pour en savoir plus » 

– Maroua et Sabrina, chercheuses

Si Maroua et Sabrina espèrent continuer dans la recherche scientifique, elles seraient partantes pour apporter un accompagnement aux entrepreneurs qui souhaiteraient investir dans l’élevage de la mouche soldat noire.

Pour cela, elles comptent commander des mouches à des éleveurs afin de fournir des formations. « Il faut d’abord trouver l’environnement pour implanter notre laboratoire. Nous avons contacté des instituts afin de collaborer avec eux et nous attendons leurs réponses. »

Pour les deux scientifiques, « il ne suffit pas d’importer les mouches et de prélever leurs œufs. Il faut un environnement spécial pour pouvoir les élever. Les larves doivent aussi être analysées par des nutritionnistes avant d’être données aux volailles. »

« Ce qui est bien dans ce genre de projets, c’est que la matière première, à savoir les déchets, est gratuite. Le seul investissement sera donc axé sur le matériel », encouragent-elles. 

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